4 Décembre 1992
Devant leur bahut en ruine, les lycéens de Colombes attendaient, hier matin l’annonce des mesures qui seront prises pour la poursuite de leurs études

Une information pour incendie volontaire a été ouverte, hier, par le parquet de Nanterre.
Fondu. Cramé. Ruiné. Il ne reste plus rien du lycée Robert-Schuman de Colombes (Hauts-de-Seine), excepté l’escalier de secours en béton construit récemment. Plus rien qu’un immense tas de ferraille calcinée.
Cet établissement de type « Pailleron » était une proie facile pour l’incendie qui l’a dévasté dans la nuit de mardi à mercredi. De ceux montés à la va-vite, à la fin des années soixante. Jamais rénové depuis. Rien n’était conforme aux normes de sécurité, et les flammes ont tout dévoré, laissant 1.017 élèves sans bahut.

« Depuis toujours, j’avais envie qu’il brûle, raconte une élève de seconde. Maintenant, je suis dégoûtée. D’accord, dans le mur de la classe d’anglais, il y avait des trous. Les murs, d’ailleurs, c’étaient comme deux planches collées. Dans les couloirs, quand on marchait, ça faisait des bosses. Le bahut était complètement délabré, mais depuis longtemps il aurait dû être refait. C’est grave qu’il faille en arriver là pour que certains prennent conscience de l’urgence de reconstruire. Maintenant, où va-t-on aller ? »
Une centaine d’autres lycéens se pressent devant les grilles, bien décidés à ne pas s’entendre proposer n’importe quoi. En jean, blouson et baskets, ils viennent pour la plupart des cités d’à côté. Honnêtement, certains reconnaissent que l’événement leur est d’abord apparu comme un moyen « de gagner trois jours de vacances ».
Mais, très vite, ils confient leur peur. « Il faut voir la réalité en face, si on n’a pas de locaux dans les plus brefs délais, on va rater toute une année. Si on nous met dans des classes différentes, avec de nouveaux profs, on devra peut-être racheter d’autres livres, et puis, s’adapter à un nouveau milieu, à d’autres méthodes. Je ne veux pas qu’en plus de mon bulletin scolaire ce soient tous les efforts que j’ai faits au premier trimestre qui partent en fumée.

Les jeunes communistes du lycée qui avaient appelé au rassemblement d’hier matin discutent avec leurs camarades de cours et distribuent des tracts où ils réclament le déblocage d’un fonds d’urgence par l’Etat et la région pour la reconstruction rapide du lycée. Mais d’abord la construction de préfabriqués pour accueillir l’ensemble des lycéens… Ils veulent continuer leurs études ensemble, dans les mêmes conditions, « tout du moins pédagogiques ». Corinne, en classe de 1re, se met en colère. Elle ne partage pas cet avis. « Ils ont des sous pour faire des banquets, dit-elle. Alors, en attendant que le lycée soit reconstruit, ils pourraient trouver l’argent pour louer de bureaux et nous installer dedans. Ce serait mieux. »

Cette éventualité, envisagée la veille, ne semble pas avoir été retenue. Lorsque la réunion se termine et que les délégués sortent, un peu avant midi, les mesures proposées sont annoncées. Les lycéens se ruent pour les écouter. Dès lundi, les élèves passant un examen seront prioritairement placés dans les établissements des communes voisines. Des préfabriqués seront installés sur le terrain proposé par la ville de Colombes, et la reconstruction qui avait déjà été décidée avant que l’établissement ne soit détruit sera enfin engagée. Certains professeurs ne perdent pas de temps et distribuent des polycopiés de devoirs à faire chez soi. Et les mines de beaucoup se contractent au vu des exercices de maths.

M. Bedat, professeur d’histoire, scrute les ruines pour retrouver l’endroit où il a donné son dernier cours, mardi. Il regarde en direction du terrain où, dans un préfa, il fera la rentrée le 4 janvier prochain.
D’un côté, le lycée effondré. De l’autre, l’autoroute A86.

 

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pailleron
établissement type Pailleron

« NOUS savions qu’il y avait des risques. » Christine Le Guern, proviseur du lycée Robert-Schuman de Colombes (Hauts-de-Seine), ne tentait même pas, hier matin, d’évaluer les dégâts. L’établissement scolaire de type « Pailleron », situé à proximité du stade Du Manoir, a été entièrement détruit en moins d’une heure, mardi soir, par un incendie dont on ignorait encore l’origine hier.
Dès l’alerte donnée par un conseiller d’éducation, le maire de Colombes, Dominique Frelaut, et plusieurs de ses adjoints étaient sur place. L’un d’eux, Bernard Destrem, raconte. « Il était 22 h 20. Le feu s’est déclenché au rez-de-chaussée. Aussitôt, toute la structure de quatre étages s’est embrasée, puis s’est effondrée en plein milieu. Une heure après, le lycée n’existait plus. » Trois heures d’efforts de 120 pompiers ne réussiront pas à limiter le sinistre.
D’un bâtiment tout en longueur, il ne reste plus que des ruines fumantes et un escalier de secours en béton de construction récente. Les 1.017 élèves sont à la rue.

Pailleron. Le nom est de sinistre mémoire, depuis qu’un collège avait été totalement détruit dans le 19e arrondissement de Paris, le 6 février 1973, précisément rue Edouard-Pailleron. Le bilan avait été lourd. Seize enfants, trois professeurs et le concierge de l’établissement avaient trouvé la mort. L’émotion avait été énorme. Le gouvernement de l’époque avait promis de prendre toutes les mesures nécessaires. Près de vingt ans plus tard, il existe encore des « Pailleron ». L’auteur dramatique qui avait donné son nom à cette rue parisienne est resté associé à cette construction de type modulaire à ossature métallique, qui avait fait scandale au moment du drame.

Tout commence en 1964. En raison de son imprévoyance, le gouvernement est amené à choisir la quantité au détriment de la qualité, pressé par les classes d’âges soumises à l’obligation scolaire qui vient d’être prolongée. L’Etat choisit alors le procédé de construction industrialisée qui convient le mieux à son enveloppe budgétaire, déjà connu en Angleterre sous le nom de son inventeur, l’ingénieur Bender. Mais outre-Manche, après une série d’incendies, on en est déjà à abandonner ce principe de construction.
En France, on choisit le pire. On adapte à l’urgence et aux impératifs d’économies le modèle de base : « rez-de-chaussée, plus un étage ». Comme à Colombes, on superpose quatre étages, on multiplie les risques.

Dès 1974, les élus locaux n’ont de cesse d’obtenir la reconstruction de l’ensemble scolaire Robert-Schuman, comprenant un collège et un lycée, avec, dans un premier temps, une mise en conformité. Quelques améliorations surviennent, dont la construction de l’escalier en béton. Mais les années passent. Les promesses gouvernementales s’envolent.
En 1985, soit un an avant la loi de décentralisation qui confiera aux régions et aux départements les compétences en matière de constructions scolaires du second degré, le ministère de l’Education nationale reconnaissait qu’il restait 56 établissements « Pailleron » répartis sur plusieurs académies. La reconstruction de 10 d’entre eux était annoncée.
L’ensemble scolaire de Colombes n’était pas prévu au programme.

 

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Deux lycéens de 19 ans ont été condamnés, mardi, à des peines de prison ferme par le tribunal de grande instance de Nanterre pour l’incendie volontaire du lycée Robert-Schuman de Colombes (Hauts-de-Seine), en décembre 1992. Abdel D. a été condamné à 4 ans dont 3 ans fermes et Djamel L. à 3 ans dont 2 ans fermes. Tout deux élèves du lycée Robert-Schuman, Abdel et Djamel ont reconnu avoir volontairement mis le feu au lycée, dans le nuit du 1 au 2 décembre 1992, à l’aide de bouteilles d’acétone. Abdel A., qui n’avait pas été admis en terminale C et se voyait refuser une inscription dans d’autres établissements de la commune, avait voulu se venger. Il avait parlé de son projet à Djamel qui s’était joint à son entreprise. L’établissement, de type Pailleron, comptant 1.200 élèves, a été entièrement détruit.

Articles parus dans Libération entre fin 1992 et 1993


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nouveau lycée de Colombes Guy de Maupassant

15 Février 2007
Ce matin j'ai fait pour la première fois depuis 1992 un retour sur les lieux.
Je suis bizarrement arrivé par une légère brume et une certaine appréhension,
le nouveau lycée se dévoilait peu à peu, sortant du brouillard matinal.
Vaste bâtisse, robuste bâtisse flambant neuve malgré ces 10 ans dépassés depuis longtemps.
Des gosses allaient en cours, pas en courant... ça au moins ça ne change pas...

Personne n'a fait attention à moi qui prenais qq photos, j'essayais de croiser qq regards,
mais en vain,
j'étais pour eux comme transparent.
Sentiment étrange comme si je n'appartenais plus à ce monde, mais j'ai peut-être à ce moment là tourné une page,
comme on le fait à un défunt à qui on vient rendre un dernier hommage
Puis sous le soleil, je suis reparti reprendre le cours de ma vie, en paix.

Pour moi c'était simplement mon Lycée, le lieu où sont allés bien avant moi frère et soeur,
lieu qui m'a propulsé dans la vie, lieu où il me reste pleins de souvenirs.
Mais ce lieu n'existe plus, un autre lycée a été construit sur les ruines du Lycée Robert Schuman...
Maintenant il s'appelle Guy de Maupassant, il a l'air grand et bien construit,
au moins cette fois ils n'ont pas fait un établissement en papier maché...
De quelque chose de mal peut sortir qq chose de bien...parfois...

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nouveau lycée de Colombes Guy de Maupassant

J'aurai qd même bien aimé avoir qq photos pour m'en souvenir ...
Mais qui prend des photos de son école franchement ?!!

 

G.o.T

Nous sommes à la recherche des photos de notre ancien Lycée, merci de les envoyer à got.on.air@gmail.com ou 20years.canalblog.com@gmail.com

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Robert Schuman

Juste pour finir, Robert Schuman (29 juin 1886 - 4 septembre 1963) était un homme d'État français et est considéré comme un des pères de la construction européenne.
Mort en 1963, l'ancien Lycée de Colombes ayant été construit en 1964, son nom était donc en sa mémoire.

A ne pas confondre donc avec le presque homonyme Robert Schumann (1810 - 1856) compositeur Allemand,
ni avec Mort Shuman 1936 - 1991) chanteur Américain (private joke..;-)

patrice